Forum de la crise du logement : Ne pas attendre la solution mais l’inventer !

Vertaling van dit artikel: 16/02/08: Het Forum van de Wooncrisis bouwt aan de toekomst | publié: 5 avril, 2008 - 01:07 |
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(article Agence Alter)

Le 16 février dernier, les principaux acteurs de la lutte pour le droit à l’habitat se sont regroupés au 123 rue Royale à Schaerbeek à l’initiative du Ministère de la Crise du Logement. Associations, personnes en précarité sociale et militants ont eu l’occasion de s’exprimer dans cet ancien immeuble de la Région wallonne toujours occupé par une soixantaine de personnes issues de différentes origines sociales et culturelles.

« Bienvenue à la maison, Welkom thuis », entonne avec enthousiasme Manu Aerden, travailleur social à l’asbl Samenlevingopbouw Brussel, à l’arrivée des participants venus des trois régions du pays mais aussi des Pays-Bas et de France. Cette asbl d’organisation du travail communautaire, visant un public d’habitants défavorisés, a rejoint le Ministère de la Crise du Logement créé en avril 2007 lors de l’occupation du cloître du Gésu à Bruxelles. Largement inspiré de la lutte menée en France par le Droit au Logement (DAL) qui a permis de reloger des familles expulsées de squats parisiens, le Ministère n’a pas pour objectif de remplacer les fédérations de droit au logement des trois régions. « Le Ministère constitue avant tout un réseau constitué d’associations mais aussi d’individus aux méthodologies variées. Il n’est pas question ici d’occulter la personnalité de chacun, mais bien de mener une action collective visant à concrétiser le droit au logement. Ce droit, repris à l’Article 23 de la Constitution, peut se concrétiser via des actions directes comme l’occupation ou des pressions sur le politique », clarifie Nathalie Delaleeuwe du Rassemblement Bruxellois pour le Droit à l’Habitat (RBDH).

Précaire, vous avez dit précaire ?

« On ne peut plus aujourd’hui parler de précarité uniquement pour les personnes sans logis, sans papiers, tributaires de l’aide du CPAS ou de l’ONEM. La précarité ouvre ses portes à tous ! », entame le sociologue de l’UCL, Daniel Mignolet. Comme de fait, durant ce forum, plusieurs chiffres sont revenus sur l’avant-scène. 7% seulement de logements sociaux en Belgique (versus 35% aux Pays-Bas, 17% en France et 21% en Grande-Bretagne) et 750 000 personnes en précarité sociale, soit plus de 10% de la population active. Sans compter les ménages ou personnes isolées qui cèdent entre 50 et 70% de leurs revenus à des propriétaires dont le scrupule varie sur l’échelle du respect des conditions de salubrité.

Face à des propriétaires peu soucieux du bien-être matériel et psychosocial de leurs locataires, des mesures ont pourtant été avancées comme la « loi Onkelinks » de 1993 qui permet la réquisition de logements vides abandonnés depuis plus de six mois afin de les mettre à la disposition des personnes sans-abri. Bémols : cette mesure ne peut s’appliquer si la commune ou le CPAS disposent eux-mêmes de bâtiments vides et le propriétaire peut s’en sortir s’il est toujours domicilié à l’adresse dudit bâtiment. Quant aux coûts des travaux de rénovation, la balle est aisément lancée d’un camp à l’autre. Communes, CPAS, propriétaires entrent dans une danse dont l’issue est bien souvent défavorable aux principaux concernés. Quel arbitre ? Côté Nord, les agences immobilières sociales (AIS) peuvent, selon le Code flamand du logement, agir comme gestionnaires afin de suppléer au manque de moyens (ou volonté ?) des communes pour investir dans le relogement de personnes sans-abri ou expulsées. Rien de tel à Bruxelles ou en Wallonie. David Praile, coordinateur à l’asbl Solidarités Nouvelles, fustige ces lacunes. « Nos instances dirigeantes ont une approche technocratique de la crise du logement et agissent sur la base unique de l’offre et la demande. Il ne suffit pas de créer plus de logements sociaux ! ».

La liberté ne se donne pas…

…elle se prend ! Telle est la vision partagée par plusieurs des acteurs présents au 123. Parmi ces derniers, Thomas Dawance, membre du Ministère et ancien habitant de l’Hôtel Tagawa au 321 rue Louise qui a vu ses occupants expulsés l’hiver dernier. « L’occupation de bâtiments vides constitue avant tout une action directe collective visant à réaffirmer la nécessité d’accès à un logement décent pour tous. Interpeller le politique n’est pas notre priorité même si d’autres associations ou fédérations viennent compléter notre projet avant tout centré sur la mixité sociale ». Participation, autogestion (et non autarcie) et innovation constituent en quelque sorte le terreau des actions menées notamment par les habitants actuels du 123. « A Tagawa par exemple, chacun payait pour les charges, l’assurance et le loyer. Et je peux vous assurer que les sans-papiers ou habitants de la rue n’étaient pas ceux à qui l’on devait rappeler l’importance du respect des règles instaurées ». Thomas ne cache pas les difficultés liées à la rencontre de visions et méthodologies aussi diverses que l’action « humanitaire » de Médecins du Monde ou de l’asbl Chez Nous/Bij Ons (travail avec les sans-abri), l’action communautaire directe comme le squatt ou encore l’approche plus fédérative de RBDH qui rassemble une cinquantaine d’associations bruxelloises. Pour Nathalie Delaleeuwe, « il est nécessaire de voir ces approches dans leur complémentarité au-delà de leurs spécificités de publics ou de courants ».

Réseauter plutôt que se substituer

Aide à la personne, aide au logement, pression sur le marché locatif : trois axes de revendication partagés par les membres du réseau du Ministère de la Crise du Logement qui est en train de grossir ses rangs sur les trois Régions. Sa déclaration reprend les cinq points suivants : lutter contre les logements vides ; doubler le nombre de logements sociaux soit revendiquer la construction de 100 000 logements additionnels ; contrôler les loyers via un « code des loyers », des avantages fiscaux pour les « bons proprios » et des pénalisations pour les mauvais élèves ; introduire une allocation-loyer amenée à disparaître une fois les prix contrôlés et enfin reconnaître des projets d’habitat solidaire.

Comme le rappelle Daniel Mignolet, « par habitat solidaire, l’on entend un habitat groupé où coexistent des personnes sans liens familiaux entre elles et qui compte en son sein au moins une personne dont le statut relève de l’aide sociale ». Outre l’aspect économique de la démarche (ex : famille monoparentale, troisième ou quatrième âge), un projet de vie commun doit être présent. « A terme, la dépénalisation du statut de cohabitant est visée ». Selon le sociologue, le coût d’opportunité de l’habitat solidaire reviendrait à 80 millions d’euros par an, soit 0,14% de la sécurité sociale. De quoi laisser songeuse Nicole, mère célibataire diplômée en psychologie et actuellement au chômage : « Je souhaiterais vraiment vivre en habitat groupé mais l’Etat ne me le permet pas et me sanctionne à travers un changement de statut ». Après cette journée où les idées ont fusé de toutes parts, Manu et ses comparses du Ministère annoncent le prochain rendez-vous : samedi 15 mars de 14 à 17h, même lieu, même combat. « A bientôt, Tot straks ! ».